Le Réseau International Des Femmes en Noir

I) Qu’est-ce que ce mouvement ?

Le mouvement des Femmes en Noir (FEN) est né en Janvier 1988 en Israël, à Jérusalem, un mois après le début de la 1ère Intifada. Les FEN de Jérusalem entendaient dénoncer l’occupation israélienne des Territoires palestiniens de Cisjordanie et de Gaza. Leur seul mot d’ordre : « Arrêtez l'occupation !»

Ce mouvement s’est vite développé dans d’autres pays, en Europe même tout d’abord, comme en Yougoslavie et Italie, puis dans tous les continents, avec une déclinaison des objectifs propre à chaque pays, mais en adoptant la même forme de manifestation : une veille tenue par des femmes vêtues de noir et restant silencieuses, arborant des banderoles ou panneaux et distribuant des tracts aux passants.

En plus de s’étendre, ce mouvement a organisé dès le début des rencontre internationales annuelles ou bi-annuelles, et s’est ainsi fortifié en interne.

Ce mouvement n’est pas une organisation, n’a pas de hiérarchie, pas de porte-parole, pas de Présidente ; chaque veille est autonome ; « c’est juste une formule pour une pratique : une veille silencieuse dans un lieu public, en portant du noir, en tenant des panneaux, en offrant des tracts » (Cynthia Cockburn) ; cependant le mouvement se caractérise par des idées-force précises :


Telaviv 1988 de Rachel Ostrowicz


Marching through jerusalem 29/12/2000
Gina Benevento
  • c’est un mouvement de femmes : entre femmes juives et palestiniennes, voici ce qui se dit : « même si nous sommes des femmes dont l’existence et l’histoire se contredisent, nous parlerons – nous ne tirerons pas »(Terry Greenblatt, mai 2002) ; et dans la même période : « nous refusons d’être ennemies ».

  • c’est un mouvement pacifiste qui ne conçoit la paix que comme une paix juste, et une paix entre égaux.

  • c’est un mouvement anti-guerre qui s’est manifesté contre l’attaque en Afghanistan, et contre l’invasion et occupation de l’Irak en 2003 ; c’est un mouvement anti-guerre qui dénonce le militarisme de la société, des esprits, militarisme présent en Israël, ou en ex-Yougoslavie : notamment lors de l’attaque de l’Otan contre la Serbie, en 2003, il a pu être compliqué de manifester et contre l’Otan et contre le régime de Milosevic !

  • c’est un mouvement qui s’affirme comme anti-raciste

  • c’est un mouvement féministe, dénonçant le patriarcat, et dénonçant, comme le dit Cynthia Cockburn, le continuum de violence qui va de la violence domestique à la violence militaire.

  • c’est un mouvement qui lutte pour la mise en œuvre de la Résolution 1325 du Conseil de Sécurité de l’ONU ; cette Résolution, qui date de 2000, demande aux Etats Membres de faire en sorte que les femmes soient davantage représentées à tous les niveaux de prise de décisions dans les institutions et mécanismes nationaux, régionaux, internationaux pour la prévention, la gestion et le règlement des conflits et processus de paix.

II) Repères historiques : création et développement du mouvement des FEN

Le mouvement des FEN a, donc, été créé à Jérusalem, en janvier 1988, en pleine Intifada palestinienne.

Une dizaine de femmes israéliennes juives, dont Hagar Roblev, Nurid Peled, Yvonne Deutsch, décidèrent de venir chaque vendredi, dans la rue, en silence, vêtues de noir, avec des panneaux réclamant la paix et la fin de l’occupation israélienne des territoires palestiniens. Ainsi, depuis 1988, dans plusieurs villes d’Israël se tient une veille, silencieuse, de FEN. Le développement du mouvement a subi les soubresauts de l’actualité au Proche-Orient :
Entre 1988 et 1993, le mouvement s’est enraciné en Israël : dès 1988, grâce à la médiation de féministes italiennes, des liens se sont noués entre les FEN israéliennes juives et les femmes palestiniennes d’Israël.
Mais ces liens femmes juives/femmes palestiniennes, furent ébranlés par la 1ère guerre du Golfe en 1991 du fait du soutien de Arafat à Saddam Hussein ; et le mouvement des FEN fut affaibli ensuite du fait des accords d’Oslo en 1993.
Le mouvement reprit de la vigueur en Octobre 2000, lors du déclenchement de la 2ème Intifada. Ainsi  la Coalition des Femmes pour une Paix Juste, dont font partie les FEN, lança, en juin 2001, un appel à mettre fin à l’occupation, qui durait depuis 34 ans. Cet appel fut relayé dans les 5 continents, et donna lieu à des manifestations dans plus d’une centaine de villes.

Dès les années 1990, le relais fut pris par des femmes en Italie, ex-Yougoslavie et Belgique

En Italie : des femmes italiennes sont venues en Israël pour soutenir les femmes palestiniennes et israéliennes qui luttaient pour mettre fin à l’occupation. Elles ont ramené la formule FEN chez elles et ont créé des groupes « Donne in Nero » dans de nombreuses villes italiennes. Ces femmes italiennes ont, aussi, rencontré des femmes en Yougoslavie et les ont initiées au mouvement des Femmes en Noir.

Ainsi, en 1991, pendant la guerre en Yougoslavie, naît, à Belgrade, le mouvement des FEN : « Femmes en Noir contre la guerre » (Zene u Crnom protiv Rata) ; en silence, vêtues de noir, chaque mercredi, elles protestent contre la guerre, le viol dans la guerre, protestent contre le nationalisme et contre la purification ethnique. Elles veulent protester en silence car : « nous refusons le flot de paroles vides qui nous empêche de penser à nous et aux autres ».

Les FEN de Belgrade ont organisé chaque année des rencontres internationales jusqu’à l’année 1999, année de déclenchement de la guerre du Kosovo : y sont venues des femmes de toutes les Républiques de l’ex-Yougoslavie, et des femmes du monde entier (Israël, Europe, USA etc…)

En Belgique : les FEN apparaîtront, dès 1993, en solidarité avec les FEN de Belgrade.
Ces dernières années, en 2007-2008, les FEN de Louvain, (Vrouwen in’t Zwart Leuven), dans leur veille hebdomadaire, dénoncent les massacres à Gaza, disent : « Stop à la violence contre tous les civils ! Stop à l’impunité ! » et elles disent leur solidarité avec les femmes de la République Démocratique du Congo.
Le mouvement se développa, dès ces années 90, dans plusieurs pays d’Europe et du monde entier et il prit une ampleur internationale.

En Espagne : le mouvement des FEN (Mujeres de Negro) se développe dès 1993.
Ces dernières années, en 2007-2008, les FEN de Madrid, lors de leur veille, dénoncent « le militarisme et le patriarcat qui se nourrissent l’un l’autre » ; elles appellent à « expulser la guerre de l’Histoire et de nos vies » et participent ainsi à la campagne pour qu’aucune somme ne soit affectée à la recherche et à la production des armes.

En Inde, à Bangalore, dès 1992, des veilles sont organisées à l’initiative de Vimochana (Forum pour les droits des femmes en Inde) et du Conseil Asiatique des Droits Humains (AWCHRC)
Signalons aussi l’ immense rassemblement de 3000 Femmes en Noir lors de la 4ème Conférence Mondiale des Femmes de l’ONU, à Pékin en Septembre 1995, conférence qui appelle à « un monde plus sûr pour les femmes ».

Aux Etats-Unis: Des groupes de FEN se sont développés dans de très nombreuses villes ; entre autres, en Californie à Los Angeles et à San Francisco ; à New York, où un des groupes, réunit plus particulièrement des FEN juives qui s’adressent à la communauté juive de la ville à propos de ce qui se passe en Israël et Palestine ; un autre groupe de femmes new-yorkaises s’adresse aux passants, et elles se dénomment, elles-mêmes  : « Femmes contre la guerre » ; après Septembre 2001, elles clament : « la justice, pas la vengeance ! ».

Au Mexique: Les Femmes en Noir luttent particulièrement contre les violences faites aux femmes ; ainsi, les FEN de l’Etat de Chihuahua se sont mobilisées contre la multiplication des meurtres et disparitions de jeunes filles de Ciudad Juarez et Chihuahua, et pour qu’il y ait enquête et jugement. Elles ont appelé en 2003 les FEN des autres pays à soutenir leur action « Operacion Digna », action menée en l’honneur de Digna, l’avocate mexicaine des droits humains assassinée en 2001.

En Afrique du Sud: En Avril 2007, au retour du Forum Social Mondial de Nairobi au Kenya, un groupe de FEN se constitue à l’Université du Cap. Ce groupe est un espace créé pour la construction de la paix ; comme le dit Yvette Kayonga, « nous pensons que la paix n’est pas simplement une absence de guerre, qu’elle implique des questions comme les politiques neo-libérales, politiques qui marginalisent les opprimés et sert les élites … Les conflits sont présents et seront toujours là ; à nous de les utiliser pour grandir et être une humanité meilleure ».


Women in Black
Standing in Vigil at Westlake Park, Seatle

Photo by Joseph Collas - copyright free

We stand round the statue of Nurse Edith
Cavell, executed for nursing enemy soldiers.
Photo by Cynthia Cockburn - copyright free

III) Les rencontres internationales

 - de 1992 à 1999, les premières rencontres internationales eurent lieu en ex-Yougoslavie

- en Octobre 2000, la rencontre eut lieu en Belgique, à Bruxelles

- en Août 2001, la rencontre eut lieu en ex-Yougoslavie, à Novi Sad,

- en Août 2003, la rencontre eut lieu en Italie, à Marini de Massa (Toscane) : « Osons la paix, désarmons le monde »

- la 13ème rencontre eut lieu en Août 2005, en Israël, à Jérusalem-Est : «  Les femmes résistent contre la guerre et l’occupation »

- la 14ème rencontre eut lieu en Août 2007, en Espagne, à Valencia : « La vision féministe pour la résolution des conflits »

- la 15ème rencontre est prévue en Colombie, à Bogota, août 2011 : « Réfléchir aux militarismes et à la militarisation dans la vie des femmes »


                                   Femmes en Noir de Lyon - Contact: fenlyon@hotmail.fr Haut de page